Inspirations

Mélanger les styles de luminaires sans faute de goût

La faute de goût ne vient pas de l'écart entre deux luminaires. Elle vient du presque-pareil : deux pièces qui se ressemblent sans se ressembler.

Séjour du soir, une suspension à disque opalin allumée au-dessus de la table ronde et, plus loin sur le buffet, une lampe ronde d'un tout autre style, la même lumière chaude aux deux
L'équipe Amethysal · Lecture 7 min

Personne n'achète ses luminaires le même jour. Une suspension héritée, une lampe rapportée d'un voyage, une applique choisie l'an dernier : au bout de quelques années, une pièce contient trois ou quatre objets lumineux qui n'ont rien demandé à personne, et surtout pas à se ressembler. La question arrive toujours au même moment, quand on en ajoute un cinquième.

Les conseils qu'on trouve alors sont tous les mêmes, et tous vrais sans être utiles : établir un style dominant, garder une finition commune, jouer sur les hauteurs. Le problème n'est pas qu'ils soient faux, c'est qu'ils ne tranchent rien. Voici ce qui se passe réellement quand on veut mélanger les styles de luminaires, et le seul cas où ça rate.

On n'assortit pas des luminaires, on leur donne des rôles

La première erreur est d'aborder la question comme un problème d'accord, alors que c'est un problème de hiérarchie. Dans une pièce, les luminaires n'ont pas le même statut : il y en a qu'on regarde et il y en a qu'on utilise. La suspension au-dessus de la table est vue par tout le monde, tout le temps. La lampe posée derrière un fauteuil ne se remarque que quand elle est allumée, et encore.

Un mélange rate quand plusieurs pièces réclament le même statut. Deux objets forts dans le même champ de vision se disputent le regard, et aucun ne gagne. À l'inverse, un salon peut supporter quatre luminaires de quatre origines différentes sans le moindre heurt, à condition qu'un seul soit là pour être admiré.

Suspension à large disque laqué allumée au-dessus d'une table ronde, et deux petites lampes champignon plus discrètes en arrière-plan
Un objet fort, deux objets silencieux : la pièce sait où regarder.

1

luminaire remarquable par pièce

Un seul soliste, et il se choisit d'abord : c'est celui qui est vu même éteint, en plein jour. Tous les autres deviennent des seconds rôles, et leur style compte alors beaucoup moins qu'on ne le croit.

Ce partage a un effet secondaire agréable : il libère. Une fois le soliste désigné, les autres luminaires n'ont plus à lui ressembler. Ils ont seulement à se taire.

Le presque-pareil est pire que le franchement différent

Voilà ce qu'aucune page ne dit, et c'est pourtant la seule règle qui compte. Une faute de goût ne naît presque jamais d'un grand écart. Elle naît d'un petit. Deux suspensions de la même famille, aux abat-jour de formes voisines mais pas identiques, produisent un malaise immédiat : l'œil les compare, cherche la symétrie promise, ne la trouve pas, et conclut à une erreur. Mettez à la place une suspension géométrique et une lampe ronde d'une tout autre époque, personne ne s'interroge. Le contraste est assumé, donc il est lu comme une intention.

Nous avons le cas dans notre propre catalogue, autant le dire. Caldera est une lampe champignon en résine laquée ; Vesper reprend la même silhouette de champignon, en plus petit et sans fil. Chacune tient parfaitement sa pièce. Ensemble et à vue, elles se marchent dessus, parce qu'elles racontent la même chose deux fois avec un léger décalage. La bonne place de Vesper est dans une autre pièce, ou hors du champ.

Il existe une version utilisable de cette règle, empruntée aux tapissiers : une variation à la fois. Deux objets peuvent différer par la matière, ou par la couleur, ou par la taille. Cumulez les trois écarts en gardant la même forme générale, et vous fabriquez exactement le presque-pareil qu'il fallait éviter.

Le fil conducteur qu'on oublie : la chaleur de la lumière

Les articles sur le sujet cherchent tous le lien du côté de la matière : un rappel de métal, une finition commune, une couleur qui circule. C'est efficace, mais c'est le lien le plus visible et le plus difficile à tenir, parce qu'il oblige à racheter.

Le lien le plus puissant est ailleurs, et il ne coûte rien. Le soir, on ne voit plus les luminaires, on voit la lumière qu'ils donnent. Trois luminaires de trois styles qui éclairent tous à la même chaleur forment une pièce unifiée ; les trois mêmes avec des ampoules dépareillées, l'une très jaune et l'autre presque blanche, fabriquent un désordre que ni la finition ni la palette ne rattraperont.

C'est aussi la correction la plus rapide qui existe : on change deux ampoules et le salon se recolle, sans avoir déplacé un meuble. Reste à savoir quelle chaleur choisir, et ce que recouvrent au juste ces échelles en degrés. C'est une autre affaire, et elle mérite son propre guide, que nous consacrerons à la question.

Trois pièces, trois arbitrages

Au salon, le soliste est rarement au plafond. C'est souvent une lampe à poser, parce que c'est elle qu'on allume et qu'on regarde le soir ; le plafonnier, lui, gagne à s'effacer. Les seconds rôles se répartissent en hauteur, et l'on peut y accueillir sans crainte un objet chiné, à condition qu'il reste bas et discret.

Dans la salle à manger, l'arbitrage est déjà rendu : la suspension au-dessus de la table est le soliste, il n'y a pas à discuter. Tout ce qui l'entoure doit donc baisser d'un ton. C'est la pièce où le mélange est le plus facile, parce que la hiérarchie y est évidente.

L'entrée et le couloir sont le cas inverse, et le plus délicat : on y traverse plusieurs pièces du regard en quelques pas, si bien que des luminaires qui ne sont pas dans la même pièce se retrouvent quand même dans le même champ. C'est là qu'il faut vérifier ce qu'on voit depuis le seuil, avant de se fier au plan.

Pour se donner une idée de ce que deux familles franchement distinctes donnent ensemble, notre suspension Strata, d'une géométrie stricte, et notre lampe Opaline, toute en rondeurs de verre soufflé, partagent une même lumière filtrée sans rien partager d'autre. Le reste de nos luminaires se prête au même jeu. Et si vous cherchez d'abord à identifier le style qui vous ressemble avant de composer, notre dossier du mois, intégrer un luminaire design à sa déco, prend la question par l'autre bout.

Un intérieur réussi n'est pas un intérieur assorti. C'est un intérieur où l'on comprend, en entrant, ce qu'on est censé regarder.

Séjour vu depuis la porte, suspension en tissu plissé, lampe champignon, applique murale et liseuse allumées, une même lumière chaude d'un bout à l'autre
Rien n'est assorti, tout se tient : c'est la lumière qui fait le lien.

À retenir

Commencez par désigner celui qui compte, et laissez les autres redescendre. Écartez ensuite tout ce qui ressemble presque à quelque chose d'autre, car c'est là que le regard trébuche, jamais sur un franc contraste. Puis unifiez la lumière plutôt que les objets. Une pièce n'a pas besoin d'être cohérente pour être belle ; elle a besoin d'être lisible.

Questions fréquentes

Peut-on mettre deux suspensions différentes dans la même pièce ?

Oui, à condition qu'elles soient franchement différentes. Deux modèles proches mais non identiques se lisent comme une erreur ; deux modèles clairement distincts se lisent comme un choix. Si vous voulez la symétrie, prenez-les rigoureusement identiques.

Faut-il que tous les luminaires aient la même finition ?

Non, et c'est même souvent plat. Une finition commune est un lien facile, pas une obligation. La chaleur de la lumière tient l'ensemble bien mieux qu'un rappel de métal, et elle se corrige en changeant une ampoule.

Combien de styles peut-on mélanger dans un salon ?

La question n'est pas le nombre de styles mais le nombre de pièces fortes : une seule. Autour d'elle, trois ou quatre luminaires d'origines différentes passent sans difficulté tant qu'ils restent discrets.

Comment savoir si un mélange fonctionne ?

Mettez-vous à l'entrée de la pièce, debout, et regardez trois secondes. Si l'œil hésite entre deux objets, l'un des deux est de trop. S'il se pose immédiatement quelque part, le reste peut être aussi dépareillé que vous voulez.

Pour aller plus loin

Luminaires

Des luminaires pensés comme des sculptures, où chaque silhouette dessine la lumière autant qu'elle l'habille. De la lampe à poser à l'applique murale, notre ...

Voir la collection